Réduire l’impact des services numériques sur l’environnement, un enjeu de taille. De si grande taille qu’il en devient aussi incontournable que la présence d’un écran plat inutilisé dans les espaces de repos des entreprises high tech. Et c’est à nous de faire en sorte que cela change.
Du Green ? Dans mon IT ?
Pas à première vue, on est d’accord. Le numérique est source de pollution, on s’en doute tous même si on n’a pas forcément les chiffres en tête. Et puis il y a tellement de facteurs à prendre en compte que le sujet semble bien vaste. Et pourtant l’IT a bel et bien un impact environnemental non négligeable contre lequel il est tout à fait possible d’agir !
Partons de quelques constats : en 2019 à l’échelle mondiale, le numérique est responsable de :

d’énergie primaire (pétrole, gaz naturel, énergie
éolienne, thermique, etc.)

Effet de Serre (GES)

d’électricité
Cela représente deux à cinq fois l’impact de la France toute entière !
Toute cette consommation produit plusieurs dizaines de millions de tonnes de déchets numériques chaque année dont seulement 17 % sont correctement triés et recyclés. Cette mauvaise prise en charge des déchets contribue à la pénurie de matières premières dont l’extraction minière est pourtant plus polluante que la récupération et le recyclage.
Enfin, l’oxydation et la détérioration de ces déchets libère des substances toxiques dans l’air, le sol et l’eau nuisant gravement à la santé des personnes qui les exploitent, et à leur environnement immédiat ainsi qu’aux populations qui vivent à proximité. À la crise écologique en cours s’ajoutent donc une crise sociale et sanitaire aux conséquences tout aussi désastreuses.
Source 1 | Source 2
Ce constat est global, alors en quoi le mobile serait-il particulièrement concerné par tout cela ?
Le mobile, petit appareil, gros impact.
C’est bien simple, le mobile s’est imposé comme premier moyen d’accès à internet avec 92 % d’utilisateurs confirmant son utilisation, loin devant les 66% d’internautes utilisant un ordinateur fixe ou mobile. Cet écart continue même de se creuser puisque la part d’utilisateurs de mobiles
augmente tandis que celle des utilisateurs d’ordinateurs fixes et portables diminue. En pratique, l’impact du mobile n’est pas encore majoritaire parmi les terminaux mais il reste très élevé (plus que celui des centres de données si souvent pointés du doigt par exemple) et peut être un vecteur clé de bonnes pratiques par sa popularité.

Dans le viseur de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, la durée de vie des appareils. En effet, la production des différents terminaux utilisateurs représente 70 % du bilan carbone numérique en France. C’est l’étape avec le plus fort impact de tout le cycle de vie du matériel numérique et donc celle où il revient d’agir en priorité. Dans le cas du smartphone, il s’agit de limiter le renouvellement puisqu’en moyenne, l’appareil a une durée de vie de seulement 23 mois.

« La réduction de l’empreinte carbone du numérique en France devra en effet tout particulièrement passer par une limitation du renouvellement des terminaux, alors que la durée de vie d’un smartphone est aujourd’hui de 23 mois »
Rapport d’information de la mission d’information sur l’empreinte environnementale du numérique
Augmenter la durée de vie des appareils, donc. Comment décomposer ce chantier colossal en tâches incorporables à nos pratiques et à notre quotidien ? C’est là tout l’enjeu du Green IT.
Mais alors, comment agir ?
Une démarche de transformation de l’entreprise et de ses pratiques ne se porte en aucun cas seul. À l’échelle du développement d’un produit, c’est toute l’équipe qui doit être engagée et animée en ce sens !
Les principaux axes de vigilance seront la consommation des solutions développées, leur performance sur tout type de terminaux et leur impact métier global. Un produit numérique permettant de réduire considérablement le trafic logistique d’une entreprise apporte une valeur qui dépasse sa consommation
1. Concevoir les bonnes features
70 % des features développées ne sont que rarement utilisées et constituent un gaspillage de temps et de ressources. Une bonne feature répond à un besoin métier clair, challengé pour s’assurer de sa réelle nécessité et simplifié au possible. L’importance du sens des features développées peut
également être transmise aux équipes. En comprenant mieux pourquoi on priorise une feature, on diminue le risque de répondre à côté du besoin et de devoir apporter des correctifs lorsque la problématique persiste malgré la livraison de la feature. C’est l’un des axes de la méthode Shape Up
de l’entreprise américaine BaseCamp que vous pouvez découvrir >ici<.
Une attention particulière à l’UX permet de garantir que la feature soit accessible et utilisable. Dans le cas ou elle ne serait pas utilisée, il suffit de la couper ! Il ne faut pas hésiter à discontinuer les services inutilisés afin d’économiser des ressources, alléger le produit et son interface.
2. Sobriété et écoconception
Économiser les ressources d’un appareil passe par une interface produit simple, épurée. Bien qu’il soit tentant d’avoir un maximum de fonctionnalités à portée de main, la sobriété - axe majeur du GreenIT - implique de limiter l’information au strict nécessaire afin de simplifier le parcours utilisateur et permettre une navigation rapide. Les contenus légers sont à privilégier, images compressées, au bon format, limiter la vidéo en particulier en lecture automatique. Un design épuré, en plus d’être moins gourmand, tend à améliorer l’expérience utilisateur.
Le principe du Mobile First partage cette problématique. Pourquoi designer une interface pour mobile puis l’adapter au web et non l’inverse ? Parce qu’avec son petit écran et ses performances réduites, le mobile impose des contraintes qui poussent à la sobriété. Impossible d’intégrer un encart météo dans une application de logistique sur mobile. De plus, une application capable de fonctionner de manière fluide sur mobile le sera également sur ordinateur. Ajuster la solution à l’outil le moins performant permet de lutter contre l’obsolescence du matériel, de retarder l’échéance de renouvellement qui occasionnera un achat et donc la création d’un terminal.
3. Développer un bon produit
Beaucoup des recommandations du GreenIT correspondent à un idéal de bonnes pratiques connues mais pas nécessairement appliquées en entreprise. Le maître mot est une fois de plus la sobriété. Requêtes limitées à l’essentiel, avec des volumes de données restreints dans la mesure du
raisonnable, le sur-mesure s’impose comme modèle le moins gourmand, source du minimum de gaspillage de ressources numériques. Tous les paramètres, tous les fichiers ne sont pas forcément indispensables alors quand l’économie est possible, faisons-là.
Réduire la complexité des produits signifie renoncer à la dernière tendance superflue IA, intelligence artificielle, etc. - et favoriser des solutions adaptées à l’échelle de chaque feature.
La documentation, mal-aimée et trop souvent négligée s’allie pourtant avec la revue de code pour garantir un niveau de qualité. La production d’un code clair et maintenable permet d’envisager des évolutions dans la durée plutôt que de relancer un produit neuf qui sera sans aucun doute plus
gourmand que son prédécesseur, et donc moins tendre avec nos appareils vieillissants.
4. Garantir une performance
L’obsolescence programmée est un fléau auquel les équipes produit contribuent quand elles n’y prêtent pas attention. Le renouvellement excessif de terminaux a lieu quand le vieillissement de l’appareil est perçu par l’utilisateur, et plus encore si ce vieillissement devient bloquant. Un support assuré trois ans seulement pousse de façon très compréhensible à l’achat de matériel neuf. Garantir une expérience adéquate et fluide sur des mobiles vieillissants ou d’entrée de gamme combat ce sentiment d’obsolescence. Il est donc de notre responsabilité de surveiller les versions logiciel minimum requises et de tester les features sur du matériel qui correspond effectivement à l’équipement minimum des utilisateurs, avec des bandes passantes réduites.
Un service qui fonctionne de façon performante sur du matériel daté offrira une expérience tout aussi qualitative et plus économe sur du matériel neuf.
5. Connaître l’usage des produits et stopper le superflu
Stopper une feature n’est probablement au top de vos priorités pour améliorer votre produit. Après tout, le marché était de rendre l’IT plus vert sans pour autant limiter ce qui peut être accompli ! C’est pour cette raison qu’un bon monitoring produit est essentiel. Une approche FinOps par
exemple, place le focus sur les coûts liés à l’utilisation de services cloud et la responsabilisation des équipes vis-à-vis de ces coûts. De cette façon, la livraison de valeur est directement liée à une économie de moyens et empêche un usage superflu des ressources disponibles.
La bonne connaissance de la volumétrie des besoins en ressources du produit doit permettre de fournir une infrastructure à l’échelle, flexible et frugale. En cas de forte demande, allouer plus de ressources tombe sous le sens alors quand l’inverse se produit et qu’une infrastructure devient superflue, on la coupe !
C’est donc bien par l’action combinée de toute une équipe qu’un produit peut s’améliorer et limiter son impact. Au delà du GreenIT, c’est une meilleure UX, une meilleure qualité, de meilleures performances qui sont accessibles par la banalisation de ces pratiques.